Le prochain fléau mondial ne sera pas un virus… mais la pollution de l’air

« Pandémie », « Fléau du siècle », « sérial killer, ou encore « mal indolore », les termes ne manquent pour caractériser la pollution de l’air dans le monde. Et cette année, malgré l’épidémie de Coronavirus, ce mal du siècle reste malgré tout plus mortel que ce virus arrivé d’Asie. Depuis quelques années, les chiffres le prouvent constamment, et sont loin d’être à la baisse. Si rien n’est fait rapidement, cette ascension devient alors extrêmement dangereuse de conséquences sur l’environnement, la santé mais aussi sur l’économie mondiale.

D’où vient cette pollution ?

Les grandes métropoles sont les premières touchées pas la pollution de l’air, face à la densité de la population, des transports urbains et des usines proches de ces grandes villes. Tous les paramètres sont présents pour augmenter les taux de CO2 et de particules fines dans l’air que nous respirons. D’ailleurs, l’épidémie du Covid-19 en Asie a démontré que ces 3 facteurs étaient la première cause de pollution, puisqu’après seulement 4 semaines d’isolement avec arrêt des activités en Chine, on constate une chute spectaculaire du taux de pollution dans l’air. Les images de la Nasa montrent une diminution de la concentration de dioxyde d’azote dans l’atmosphère au-dessus de la région de Wuhan, foyer de l’épidémie du Coronavirus, ainsi qu’une nette diminution du CO2. Dioxyde d’azote et CO2 étant bien sûr provoqués par la production industrielle et les véhicules. Dans une news du Carbon Brief, le coup de frein économique provoqué par le Coronavirus aurait réduit de 25 % les émissions de dioxyde de carbone (CO2) en Chine en février 2020. Malgré tout, cette baisse n’est que temporaire, et la qualité de l’air en Chine reste toujours préoccupante.

Les grandes métropoles ne sont pas les seules touchées par la pollution de l’air. De nombreuses villes de tailles moyennes voient leur taux de pollution augmenter, particulièrement l’été en période caniculaire. Si ces pics de pollutions liées aux phénomènes météorologiques restaient rares il y a quelques années, on observe avec le réchauffement climatique que les pics deviennent maintenant habituels et récurrents. La pollution favorise le réchauffement climatique, ce qui augmente à son tour les pics de pollution… un véritable cercle vicieux.

Les principales sources de la pollution de l’air

  • Emissions atmosphériques d’origine naturelle
    Les incendies de forêt, feux de brousse ou encore le volcanisme peuvent être à l’origine d’émissions atmosphériques de polluants.
  • Emissions anthropiques
    On appelle émissions atmosphériques anthropiques les émissions d’origine humaine. 
    La distinction se fait couramment d’après la nature des sources d’émissions (sources mobiles ou fixes) ou le secteur d’activité. La majorité des activités humaines est à l’origine, directe ou indirecte, d’émissions de polluants.

Les conséquences de la pollution de l’air sur l’environnement

Toutes ces substances toxiques produites par l’activité humaine se retrouvent dans l’atmosphère. Les gaz et produits chimiques génèrent alors quantité de phénomènes sur la planète, modifiant le climat inexorablement. L’air ainsi pollué est déplacé par la pluie, le vent, et circule aisément sur la planète, n’épargnant aucune partie du globe, qu’elle soit responsable ou non de cette pollution. Les premières conséquences, les plus connues sont : pluies acides, diminution de la couche d’ozone, réchauffement climatique, effet de serre… On parle ainsi de réchauffement climatique à cause des propriétés que possèdent certains gaz (dioxyde de carbone, méthane, oxyde nitreux, ozone et chlorofluorocarbones). Présents en quantité dans l’atmosphère, ils emprisonnent la chaleur du soleil dans l’atmosphère, l’empêchant de retourner dans l’espace après avoir été réfléchie par la Terre. Les conséquences sont alors dramatiques, engendrant de nombreux phénomènes climatiques qui touchent tous les pays du globe. Par ailleurs la pollution de l’air modifie le processus d’évolution des plantes en empêchant la photosynthèse ce qui joue directement sur la purification de l’air que nous respirons. Encore une fois, « c’est le serpent qui se mord la queue ».

Les conséquences de la pollution de l’air sur la santé

Notre exposition continue aux polluants présents dans l’air que nous respirons peuvent causer de nombreuses maladies telles que des problèmes cardiovasculaires, allergies, crises d’asthme, conjonctivites, maladies des bronches, cancers du poumon ou de la peau, problèmes de vision, maladies du sang, problèmes dans le développement mental de l’enfant, entre autres. Les personnes les plus vulnérables sont les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les malades. Si certaines de ces maladies ne sont pas mortelles, les chercheurs ont constaté que les maladies cardiovasculaires sont responsables de la plus grande proportion de morts prématurées dues à la pollution atmosphérique. Elles comptent pour 43 % de la perte d’espérance de vie dans le monde. Ils ont également remarqué que la pollution de l’air avait un effet plus important sur le raccourcissement de la vie des personnes âgées. À l’échelle mondiale, environ 75 % des décès attribuables à la pollution atmosphérique surviennent chez des personnes de plus de 60 ans.

Ainsi chaque année en Europe, ce sont plus de 800.000 personnes qui meurent prématurément à cause de la pollution de l’air. Entre 40 et 80 % de ces décès prématurés sont dus à des maladies cardiovasculaires, selon une étude parue dans la revue European Heart Journal (mars 2019). La pollution atmosphérique fait ainsi plus de morts que le tabac. L’Agence européenne de l’environnement (AEE) a d’ailleurs publié en octobre 2019 un rapport où elle jugeait que la pollution de l’air aux particules très fines (PM2,5), au dioxyde d’azote (NO2, émis par les moteurs diesel) et à l’ozone (O3) était responsable en 2015 de 518.000 décès prématurés dans 41 pays d’Europe, et 480.000 dans l’UE. Entre 2015 et 2020, nous aurions ainsi multiplié par 2 le nombre de décès prématurés dus à la pollution de l’air !

En moyenne, la surmortalité mondiale attribué à la pollution de l’air est de 120 personnes pour 1.000 habitants. En Europe, ce chiffre est plus élevé et passe à 133, en partie à cause de la densité de population et de la mauvaise qualité de l’air.

  • Tabagisme : 7,2 millions de morts chaque année (dans le monde) – perte espérance de vie de 2,2 ans
  • SIDA : 1,2 millions de morts chaque année (dans le monde) – perte espérance de vie de 0,7 ans
  • Paludisme : 600.000 morts chaque année (dans le monde) – perte espérance de vie de 0,6 ans
  • Guerres : 530.000 morts chaque année (dans le monde) – perte espérance de vie de 0,3 ans
  • Pollution de l’air : 8,8 millions de morts chaque année (dans le monde) – perte espérance de vie de 3 ans
  • En France : 48 000 décès sont à déplorer tous les ans, soit 9 % de la mortalité en France

L’impact de la pollution de l’air sur l’économie

Comment mesurer l’impact financier de la pollution de l’air ? Dans un rapport publié par Greenpeace en février dernier, une analyse très poussée a été réalisée et liste les dégâts causés par les gaz rejetés par les activités industrielles et les transports. Décès, cancers, AVC, problèmes respiratoires… Même le coût du nombre de jours de travail manqués en raison de maladies est décompté : 101 milliards de dollars. Les principaux polluants incriminés sont l’Ozone, le Dioxyde d’Azote et les particules fines. Ces dernières étant celles qui coûtent le plus puisqu’elles sont à l’origine des trois quarts des conséquences sanitaires et financières. Déjà en 2015, l’OCDE estimait que la pollution de l’air avait provoqué 3,2 milliards de décès prématurés, estimant le coût à quelques 5.000 milliards de dollars.

Dans ce même rapport, et sans surprise, on découvre que ce sont les plus pollueurs qui subissent le plus gros impact financier : la Chine, avec 900 milliards de dollars, précède les Etats-Unis (600 milliards) et l’Inde (150 milliards). Et pour être encore plus explicite, le rapport de Greenpeace a converti ces coûts en part du PIB (Produit Intérieur Brut). Si la moyenne mondiale est de 3,3 % du PIB, la Chine se retrouve avec un score très élevé de 6,6%, soit le double.

Pour remédier rapidement au problème, il n’y a pas d’autres choix que d’agir rapidement, et fortement. Pour cela, le rapport Greenpeace fait la promotion des énergies renouvelables, la fin progressive et programmée des moteurs à essence et au diesel, ou encore de plus grands investissements dans les transports publics.

LES CHIFFRES CLÉS DE LA POLLUTION DE L’AIR

  • En France les coûts sont estimés à 100 milliards € / an, avec une large part liée aux coûts de santé.
  • Coût de la pollution de l’air dans le monde : 3000 milliards de dollars par an. Soit 8 milliards par jour.

Diminuer ce fléau en agissant sur les transports

Les principaux responsables de la pollution de l’air en ville sont les transports et l’industrie. Pour limiter les émissions polluantes dans notre atmosphère, c’est avant tout une question de volonté politique. Nombreux sont ceux qui ont compris que leurs décisions politiques doivent être ambitieuses et courageuses, et seront décisives dans l’avenir sur la diminution de ces émissions polluantes. En premier lieu, il faut révolutionner les transports. Plusieurs actions sont ainsi engagées dans le monde et en Europe. Tout d’abord en favorisant les mobilités durables : augmenter les services de transports en commun avec des véhicules n’utilisant plus d’énergie fossile, inciter au covoiturage, développer les modes de circulations douces (vélo, trottinettes…), soutenir financièrement les collectivités dans le développement de mobilités propres, tels que les véhicules hydrogène par exemple.

Les transports routiers représentent en effet les ¾ des émissions liées au transport, sachant que le transport est le deuxième plus gros contributeur de gaz à effet de serre. En France, les émissions de CO2 dues au transport n’ont cessé d’augmenter. Si la France émet peu de CO2 pour son chauffage et électricité grâce au nucléaire, la part du transport ne repose quasiment que sur la combustion pétrole et le nombre de véhicules en circulation ne cesse d’augmenter. Heureusement, les nouvelles lois entrées en vigueur, en France avec le Loi de Transition Energétique, et en Europe avec la Directive Européenne, vont maintenant changer le paysage du transport.

LES CHIFFRES CLÉS DE LA POLLUTION DE L’AIR

  • 13,41 gigatonnes de CO2 émis en 2016 dans le monde, le transport est le deuxième contributeur de gaz à effet de serre
  • Les transports routiers représentent les ¾ des émissions polluantes du transport, soit 5,85 gigatonnes de CO2 en 2016, selon l’AIE
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